Le Boisement

 LA PROTECTION DU BOISEMENT AUJOURD’HUI : QUEL INTERET ?

 

lI est bon de rappeler ici que Saint Brevin les Pins possède l’une des forêts urbaines parmi les plus variées en essences d’arbres du littoral atlantique.

Cette diversification a été recherchée dès l’origine, puisque les semis de pins maritimes ont été suivis de plantations extrêmement diversifiées de chênes et de chênes verts, dont certaines variétés sont encore représentées par des sujets remarquables.

Les propriétaires des vieilles et imposantes villas construites vers 1900, soucieux de la pérennité du boisement ont ensuite introduit, avec succès, les pins noirs et, surtout, les célèbres pins américains de la baie de Monterey (pinus radiata ou insignis) sur la commune, accentuant encore la diversification d’origine. Les érables et les châtaigniers se sont développés à partir des années 30, rejoignant les robiniers, qui s’implantaient souvent de manière spontanée, avant l’introduction massive du mimosa vers 1920. Surtout, la commune disposait d’une extraordinaire couverture végétale croissant à l’abri des grands arbres : genêts, tamaris, elaeagnus, arbousiers, lauriers nobles, prunus, fusains, jeunes chênes-verts formaient un réseau dense, grand protecteur de la petite faune locale, et surtout garantie absolue contre l’érosion des sols.

Tout ceci est aujourd’hui menacé. Trop d’abattages ont lieu sans remplacement des sujets disparus. Les arbres de haute tige disparaissent sans être renouvelés, et la flore arbustive recule également de manière inquiétante.

Or, imaginer Saint Brevin les Pins sans ses arbres est difficile : sur le plan paysager, d’abord, mais les conséquences peuvent s’avérer encore nettement plus graves.

- Le vent est largement freiné par un boisement dense : une fois ce boisement disparu, ou trop clairsemé, les effets néfastes du vent accéléreraient l’érosion des sols et la mort des végétaux, provoquant la disparition rapide de la couverture végétale, comme cela s’est produit en 1970 sur le cordon dunaire –ce n’est pas si loin ! - avant le lancement des grandes opérations de revégétalisation des dunes. D’autre part, un boisement clairsemé est plus sensible aux fortes tempêtes, et ce sont souvent des arbres isolés et surexposés qui tombent...

- Le boisement favorise l’absorption de l’eau en excédent dans le sol en cas de remontées (de plus en plus fréquentes) de la nappe phréatique lors d’hivers pluvieux, et il favorise également un microclimat régulateur en cas de canicule estivale, autre problème censé se multiplier dans l’avenir.

- Il protège les villas, non seulement des effets du criblage hivernal sable/sel, mais en stabilisant le sol au moyen d’un réseau racinaire dense, il permet de maintenir en état ce sol qui pourrait rapidement redevenir instable et mouvant en cas de disparition de la couverture végétale.

De nombreux résidents permanents, aujourd’hui, n’ont pas de connaissance du passé ni de la fragilité de l’écosystème littoral en zone sableuse comme la nôtre : Saint Brevin, en raison de sa situation exposée et de la nature de son sol, qui n’accepte pas de couverture végétale herbeuse protectrice comme la plupart des terres « classiques » ne peut pas être traitée comme une ville banale parmi d’autres : tout, ici, est plus fragile, il importe d’en prendre conscience et de respecter cette originalité.

 

QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES : NAISSANCE DU BOISEMENT ET EVOLUTION

 

1789

Le célèbre voyageur et agronome anglais Arthur Young écrit sur St Brevin « un village perdu dans les sables, dans une solitude absolue, la plus désolée qui soit ».

Seule la rade de Mindin est vivante.

Sur le cahier des doléances de la Paroisse on lit « les sables ont envahi la moitié de la Paroisse. Les terres stérilisées sont devenues incultes... ».

1807

Sur le même cahier on lit « l’église et son cimetière sont menacés. Le muret est débordé par les sables. On construit une palissade... »

1810

Etablissement du premier cadastre (de Mindin à la Roussellerie). Les dunes ont une largeur de 800 mètres. Il y a quarante maisons autour de l’église, quelques hameaux comportant une dizaine de feux et la Seigneurie de la Guerche entourée de marais. Quelques taillis de chênes sur 13 ha. Les sables sont déclarés instables.

1814

Un propriétaire plante 29 ares de pins, chênes verts, tamaris et genêts, et tente d’étendre ses plantations par semis. La population locale, qui craint de voir les rares terres cultivables disparaître, arrache les jeunes arbres.

1829

La Commune note que des dunes de 30 pieds ont été transportées par les vents vers l’intérieur des terres. De nouveau, l’église est menacée.

1833

L’Etat conteste à la Commune la propriété des dunes, les considérant comme laisse de mer.

1850

La Commune gagne le procès engagé et récupère la propriété de 664 ha.

1852

L’Empereur Napoléon III accède au pouvoir et prête une oreille attentive aux suggestions de transformation complète des Landes en forêt de pins après stabilisation des dunes littorales, dans la droite ligne des travaux menés précédemment par l’ingénieur Nicolas Brémontier. Le retentissement de cette opération gigantesque se répercute dans tout le pays.

1859

Padioleau établit le plan de partage des sables de Saint Brevin : ils sont vendus en vastes parcelles avec obligation pour les acquéreurs de semer des pins maritimes.

1860

Les semis commencent : ils dureront vingt ans, conjugués à des semis de chênes-verts, puis des plantations en ligne de chênes seront réalisées au cœur de la pinède naissante.1880Les premières villas sont construites, la Société des Bains de Mer est créée.

1900

La commune obtient l’ajout de la qualification « les pins » à son nom, Saint Brevin devient Saint Brevin les Pins.

1930

La forêt est à son apogée. Les propriétaires des villas construites entre 1880 et 1910 –première grande vague de constructions- tentent déjà d’introduire à Saint Brevin le pin de Monterey, conscients de la nécessité de prévoir des essences de reboisement pour l’avenir. Le docteur Dardelin écrit un ouvrage où il prône « l’exigence absolue » du reboisement. A cette époque, la densité des habitations entre le Pointeau et l’Ermitage est d’une villa pour plus d’un hectare de forêt...

1950

Saint Brevin les Pins connaît une vague d’urbanisation intense : en dix ans, 3 000 villas seront bâties, plus de 10 000 arbres disparaîtront pour leur laisser place. Mais l’impact écologique, pour considérable qu’il puisse être, est atténué par le faible taux d’occupation de ces villas, qui ne dépasse guère trois mois par an, et aussi par leur modeste emprise foncière : les « brevinoises » au toit basque à deux pentes inégales, caractéristiques de cette époque, sont rarement des constructions importantes.

1970

Les sables redeviennent particulièrement instables sur le cordon dunaire. Le boulevard de mer de l’Océan, à peine achevé, est régulièrement recouvert en fin d’hiver, le sable vole jusqu’à 500 mètres à l’intérieur des terres, envahit complètement les balcons des deux seuls immeubles qui font alors face à la mer. Plusieurs espèces végétales se raréfient dans d’inquiétantes proportions, telles le liseron des sables ou l’œillet des dunes, qui ne subsiste plus qu’à l’Ermitage et sur une surface très réduite. Les œnothères et d’autres plantes dunaires disparaissent presque complètement. Des dunes entières se déplacent aux Rochelets, tandis que meurent sous les assauts du vent de nombreux arbres : en 1973, on ne compte plus que douze pins, en tout et pour tout, sur le cordon dunaire mouvant s’étendant de l’Océan à l’Ermitage ! Seuls résistent des robiniers, des chênes-verts et le long du boulevard quelques cyprès plantés en ligne dix ans plus tôt, encore vivants et visibles aujourd’hui.

1980

De grands travaux de stabilisation des dunes sont repris, des palissades sont implantées en bordure de plage, le sable est piégé puis des plantations massives d’oyats précèdent de nouveaux semis de pins maritimes et de pins noirs. La situation s’améliore rapidement : la couverture végétale rase se rétablit au bout de cinq ans à l’abri des oyats mais les pins peinent à s’implanter, plusieurs séries de plantations sont nécessaires. Par ailleurs, la Ville envisage de systématiser la distribution automnale de jeunes plants aux propriétaires privés.

1995

Saint Brevin les Pins connaît à nouveau une période d’intense urbanisation, les derniers sanctuaires végétaux disparaissent, l’emprise foncière des constructions augmente, la part dévolue au boisement se réduit de jour en jour... Des milliers d’arbres disparaissent encore, et cette fois, la forêt urbaine parvient difficilement à se régénérer, victime de la multiplication des zones bâties, de l’asphaltage (y compris sur parcelles privées) et surtout, de la méconnaissance des nouveaux résidents de l’importance que revêt l’arbre en notre commune…les replantations sont insuffisantes en nombre et en qualité pour assurer le renouvellement des arbres disparus ou vieillissants...certains arrivants ne supportent pas les contraintes de la présence de l’arbre, et plutôt que de choisir un autre lieu de résidence, font abattre des sujets parfois centenaires, portant un coup fatal à la préservation d’un écosystème séculaire et fragile. Par ailleurs, trop de haies sont remplacées par des palplanches...

1996 - 1998

Par jugements successifs, le Tribunal d’Instance de Paimboeuf reconnaît la notion « d’inconvénient normal et inhérent au fait de vivre dans une pinède » applicable aux chutes d’aiguilles, surplomb de branches et... Les plaignants exigeant de leurs voisins des abattages d’arbres sur ces bases sont systématiquement déboutés

2002

La Ville tente d’enrayer le phénomène de déboisement au moyen d’un arrêté municipal de protection du boisement, mais celui-ci comporte des dispositions que la Sous Préfecture demande d’annuler.

2007

L’association Nature et Environnement Brevinois achève son travail d’analyse du problème : les nouvelles propositions sont prêtes.

En 2008 et depuis

 - Etude et propositions des différentes protections possibles dans le cadre du plan local d'urbanisme.

L'urbanisme se développe et les arbres sont souvent remplacés par des habitations au-delà même du besoin.

Nous agirons pour autant que possible, maintenir et enrichir le boisement de notre commune, sur tout son territoire.

Publié dans Dossiers

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